Richard Hatfield : Un dernier train pour Hartland
Premier ministre du Nouveau-Brunswick pendant dix-sept ans, Richard Hatfield a marqué l’histoire politique de la province autant par son audace que par ses paradoxes. Dans Un dernier train pour Hartland, les journalistes acadiens Michel Cormier et Achille Michaud retracent le parcours de cet homme singulier, à la fois progressiste, visionnaire et profondément enraciné dans un territoire en quête d’équilibre entre deux langues, deux cultures, deux réalités.

Le titre, empreint d’une douce nostalgie, évoque la fin d’un long voyage. Ce n’est pas seulement l’histoire d’un politicien, mais celle d’une province qui apprend à se connaître à travers ses divisions et ses rêves communs.
Cormier et Michaud livrent un récit humain et mettent en lumière la complexité d’un leader souvent mal compris. Hatfield y apparaît comme un homme d’élan et de solitude, bâtissant des ponts entre communautés, tout en restant parfois à distance d’elles.
L’écriture respire la province : les villages, les routes, la rivière Saint-Jean deviennent des personnages à part entière. À travers ce regard, le livre rend hommage à un Nouveau-Brunswick qui cherche encore à se dire, à se définir, à se rassembler.
Sans être une biographie exhaustive, Un dernier train pour Hartland éclaire un pan essentiel de notre mémoire collective. Il rappelle que la politique n’est pas qu’affaire de pouvoir, mais aussi de dialogue, de culture et de territoire.
Pour les lecteurs d’ici, ce livre est une invitation à revisiter notre propre paysage intérieur, celui d’une province tissée de contrastes, de résilience et d’espoir.
Je partage l’avis des auteurs lorsqu’ils affirment que le gouvernement Hatfield a remporté une élection de trop. Son dernier mandat fut marqué par un épisode embarrassant pour la province : la découverte d’un sachet de cocaïne dans ses bagages lors de la visite officielle de la reine d’Angleterre au Nouveau-Brunswick.
Bien qu’il ait finalement été déclaré non coupable, à l’issue d’une défense qui a laissé plusieurs observateurs perplexes, cette affaire a éclipsé une partie des accomplissements de son long règne.
Ce scandale a surtout jeté une ombre sur le rôle important qu’il a joué dans la reconnaissance des droits du peuple acadien. Hatfield, qui appréciait la culture acadienne, avait poursuivi les réformes amorcées par le libéral Louis J. Robichaud en accédant au pouvoir en 1970, il avait même osé aller plus loin au fil du temps, au grand déplaisir de l’aile anglophone de son propre parti progressiste-conservateur.