Quand l’hiver nous faisait champions
Pour bien des Canadiens, le hockey commence simplement, un bâton dans les mains, une rondelle sur la glace et un étang gelé comme terrain de jeu. Avant les arénas, les estrades et les lumières, il y a ce premier frisson, celui des patins qui mordent la glace fraîche par une journée d’hiver claire et vive. Ce son-là, sec et cristallin, fait partie de notre mémoire collective.
Ici, à Edmundston comme ailleurs au pays, l’hiver n’est pas une saison qu’on subit, on la vit. On l’apprivoise en sortant dehors, en respirant l’air froid qui pique les joues, en entendant la neige craquer sous les bottes.
Quand j’étais jeune, il n’y avait rien que j’aimais mieux que le jour où un amas de glace assez grand se formait dans le champ de la Ferme Soucy, juste à côté de chez nous. Je n’avais qu’à enfiler mes vêtements, ma tuque, ramasser ma paire de patins et mon bâton de hockey, et j’étais parti pour la gloire. Le monde pouvait bien s’arrêter, moi j’allais jouer.
Dans mon imaginaire, j’en ai marqué des buts à la Wayne Gretzky. Et combien de fois j’ai fait trembler les filets à la manière de Paul Anderson contre les Russes lors du Match 8 de la Série du Siècle de 1972! Je me prenais pour un héros, même si personne ne me regardait vraiment. Ça ne me prenait pas grand-chose dans ce temps-là pour m’amuser, un bout de glace, une rondelle, et beaucoup d’imagination.
Aujourd’hui, quand je passe devant un étang gelé, ou la patinoire extérieure à iroquois. Ça me rappelle le bon vieux temps et je réalise que le hockey n’est pas seulement une histoire de ligues, de trophées ou de statistiques. C’est d’abord une histoire de dehors, de lumière d’hiver, de mains engourdies qui tiennent un bâton trop grand, et de joie partagée sur une surface gelée. C’est une tradition vivante, qui se transmet sans discours, simplement en enfilant ses patins et en allant jouer.
Photo: Tony-Schnagl via pexel